Les critères du sous-développement (C. Mora/A. Martinez)

Problématique : Est-il légitime de remettre en question les critères du sous-développement ?

I. Le sous développement :

a) Définition et origine

La notion de sous-développement est récente (1952). Elle émane d’Alfred Sauvy (économiste et sociologue français) : ce sont les "laissés pour compte de la croissance aspirant à un développement cohérent et autonome". Il faut bien voir que la notion de sous-développement change en fonction des pays observés : elle est hétérogène.

Le sous-développement (associé aussi au Tiers-Monde) tire son origine de la colonisation exercée par les différentes puissances européennes (auxquelles se sont greffés, à un moment donné, les États-Unis) durant près de cinq siècles sur des pays, aujourd’hui sous-développés. Disposant de capitaux en abondance et de nouveaux marchés (matières premières), les pays colonisateurs se sont industrialisés au cours du 19e siècle, en plus de jeter les bases de la société de consommation là où ils ont répandu le système capitaliste.

Malgré l’accession à l’indépendance des pays colonisés (décolonisation) effectuée aux 19e et 20e siècles, cette situation de domination est restée inchangée parce que les richesses sont demeurées concentrées entre les mains des grandes puissances.

L’économie de plusieurs pays sous-développés repose essentiellement sur l’exploitation de monoculture d’exportation. Ayant vu chuter en flèche les prix des matières premières depuis les dernières décennies, les pays sous-développés se sont donc vus dans l’obligation d’accroître leur production (monocultures) afin de recueillir les devises nécessaires au remboursement annuel des intérêts de leur dette extérieure.

    b) Les critères du sous développement

les dimensions du sous-développement sont multiples :

- elles sont économiques : des PIB par habitants faibles, un endettement important, un commerce spécialisé dans les produits agricoles, ou dans les produits à faible valeur ajoutée, des infrastructures insuffisantes…

- elles sont démographiques : une démographie importante (taux de natalité élevé) et un taux de mortalité élevé avec une espérance de vie faible

- elles sont sociales : avec des problèmes de sous nutrition ou de mal-nutrition, une accès aux soins difficile, un taux de scolarisation faible (surtout chez les filles), des conditions de vie rudes (mauvais logements, accès à l’eau…)

- elles sont politiques : institutions parfois corrompues, démocratisation partielle, faible accès des femmes aux postes à responsabilité.

    c) Les indicateurs chiffrés : PIB et IDH

Le Produit intérieur brut ou P.I.B. est défini comme étant la somme des valeurs ajoutées réalisées à l’intérieur d’un pays par l’ensemble des branches d’activité (auxquelles on ajoute la TVA et les droits de douane), pour une période donnée, indépendamment de la nationalité des entreprises qui s’y trouvent.

Le Produit intérieur brut est constitué du Produit intérieur marchand (biens et services échangés) et du Produit intérieur brut non marchand (services fournis par les administrations publiques et privées à titre gratuit ou quasi gratuit). Ce dernier est, par convention, évalué à son coût de production. Le PIB est calculé à partir des valeurs ajoutées fournies par les entreprises et des comptes des administrations .
La croissance du PIB est considérée comme l’indicateur par excellence de la performance et de la santé économique d’un pays. Le ratio PIB par habitant mesure, quant à lui, le niveau de vie. En effet, comme le total des valeurs ajoutées est égal à la somme de l’ensemble des revenus, le PIB par habitant est aussi égal au revenu par habitant.

Limites du PIB :

Que ce soit par son évolution ou par son ratio par habitant, le Produit intérieur brut n’est qu’une mesure globale, une moyenne. Il ne permet d’appréhender ni les inégalités sociales ni leur évolution. On peut très bien avoir un PIB moyen qui augmente alors que les revenus (qu’il est censé mesurer) diminuent pour une majorité de la population et augmentent fortement pour une minorité, ce qui renforce les inégalités.
Le calcul du PIB s’appuie sur la comptabilité nationale, donc sur ce qui est déclaré à l’Etat. De ce fait, il ne prend pas en compte :

  • le travail non rémunéré, celui que l’on fait pour soi-même (le travail domestique par exemple)
  • le bénévolat,
  • ce que l’on produit pour soi-même (son verger, son potager,…) encore appelée l’autoconsommation.
  • la production encaissée en liquide et non déclarée.
  • le travail "au noir".
  • les activités illégales…

le PIB n’intègre pas du fait qu’il ne mesure que des flux annuels de production et non un patrimoine :

  • les dégâts causés à l’environnement
  • les richesses naturelles ou leur épuisement
  • l’impact d’une catastrophe naturelle, d’une guerre…
  • les créances douteuses (crédit dont on sait que l’emprunteur ne pourra pas le rembourser)

Ainsi lors d’une pollution, on comptabilisera à la fois la production qui a contribué à la pollution et la production nécessaire à la dépollution, le tout pour un résultat nul. De ce point de vue, le PIB n’est pas incitatif à la réduction de la pollution.
Le PIB ignore aussi ce qui est qualitatif, comme le bien-être, les loisirs, la sécurité, le niveau d’éducation, la liberté…
En outre, le PIB comptabilise de la même manière ce qui est bénéfique à la société (ex : les médicaments) et ce qui lui porte préjudice (ex: industries polluantes, armement…) ou ce qui est inutile.

Etant avant tout une mesure comptable, le Produit intérieur brut ne peut prétendre mesurer le bien-être et encore moins le bonheur. C’est la raison pour laquelle commencent sont apparus de nouveaux indicateurs comme l’IDH (indice de développement humain) qui tentent de mieux appréhender le bien-être social.

L’Indicateur de développement humain (IDH) a pour objectif de répondre aux insuffisances du Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant comme indicateur du développement d’un pays.

L’indice de développement humain est calculé depuis 1990 par le "Projet des Nations Unies pour le Développement" (PNUD) afin de classer les pays selon leur développement qualitatif et pas uniquement économique. Le PNUD définit ainsi l’IDH : "L’indicateur de développement humain mesure le niveau moyen auquel se trouve un pays donné selon trois critères essentiels du développement humain : longévité, instruction et conditions de vie."

L’IDH est donc calculé par combinaison de trois indicateurs :

  • l’espérance de vie à la naissance
  • l’accès à l’éducation : il est mesuré par le taux d’alphabétisation des adultes et par le taux combiné de scolarisation dans le primaire, le secondaire et le supérieur.
  • le PIB par habitant

Limites de l’IDH

Bien qu’étant indéniablement plus qualitatif que le seul PIB, l’IDH ne peut pas pour autant être considéré comme un indicateur de développement durable, loin s’en faut. En particulier, l’IDH n’apporte aucune information sur les thèmes environnementaux ou sur l’intégration du long terme (les générations à venir) dans les modes de développement.

Transition : pays considérés comme sous-développés

Depuis un certain temps, les indicateurs actuels du développement sont remis en cause car ils donnent un aperçu arbitraire de ce dernier. De plus, le classement des pays diverge selon l’indicateur.

II. Les limites des indicateurs du développement :

a) Critères oubliés :

Dans les indicateurs actuels, les critères sont restreints. De nombreux autres critères pourraient être pris en compte afin de rendre plus palpable le bonheur des habitant d’un pays et leur niveau de vie au sein de celui-ci.

  • Critères culturels : on peut envisagé de prendre en compte l’accès aux activités culturelles telles que le sport ou certaines plus créatives comme le théâtre, la musique, etc. Les occupations autres que le travail et l’école participent au confort de vie et au bien être des citoyens d’un pays.
  • Libertés et droits de l’Homme : tous les pays doivent respecter les droits de l’Homme qui sont considérés comme universels. Cependant, dans certains États, le citoyen se voit privé de certains de ses droits par le gouvernement. Par exemple, la liberté d’expression est très limitée dans les pays du Proche Orient. On peut donc penser que les habitants de ces pays ont un niveau de vie inférieur car ils peuvent se sentir oppressés par leur gouvernement du fait de leur manque de liberté.
  • Critères politiques : ces derniers recoupent les libertés dont doivent bénéficier les peuples. En effet, on peut considéré que les habitants d’un pays auront plus de chances d’être heureuse si il se sentent libre. Cela exclu donc toutes formes de dictature et de régimes politiques qui ne laisserait pas au peuple le droit de vote qui lui est dû. De plus, la corruption qui régit certain gouvernement, devrait aussi être pris en compte dans les indicateurs car les habitat qui vivent sous un tel régime ne sont forcément pas en sécurité. Selon le PIB un pays considéré comme riche serait donc développé hors, le niveau économique ne rend pas compte de l’oppression au sein d’un pays. Les états qui appliquent se genre de politique ne peuvent pas être considérés comme développés.
  • Développement durable : aujourd’hui, développement devrait être synonyme de développement durable. C’est le cas pour les pays nordique tels que la Norvège, les Pays-Bas, la Suède, etc. Cependant, des pays riches tels que les États-Unis sont un des plus pollueur. Des nouveaux indicateurs devraient être mis en place dans lesquels le facteur écologique serait plus en compte. Les pays pollués auront donc un mauvais développement basé sur la destruction de la planète.

b) Les nouveaux indicateurs du développement

Depuis quelques temps de nouveaux indicateurs de développement s’imposent dans nos sociétés. Ces derniers ne regroupent pas encore tous les critères nécessaires à une bonne évaluation. Cependant, ils se penchent sur des points jamais pris en compte qui nous éclairent sur d’autres vision du développement.

    • Bonheur Intérieur Brut ou Bonheur National Brut : Cet indicateur alternatif publié par le centre de recherches pour le développement international (CRDI) au Canada veut calculer le bien-être que ressente chaque habitant dans un pays. Cependant, il s’agissait à l’origine d’une préconisation du roi du Bhoutan en 1972 qui souhaitait une économie fondée sur les valeurs spirituelles de bouddhisme. Le PIB serait vu aujourd’hui comme un indicateur ne rendant compte uniquement que de la consommation des populations. Et quand est-il du « capital bonheur » des personnes. Pour palier à cela, le bonheur intérieur brut définit le niveau de vie des hommes en des termes plus psychologiques et se fonde sur les critères suivants :
  • la croissance et le développement économique
  • la conservation et la promotion de la culture
  • la sauvegarde de l’environnement et l’utilisation durable des ressources
  • une gouvernance équitable
    • Ce qui est intéressant avec ce nouvel indice c’est que lorsqu’on dresse une liste des pays, ces derniers apparaissent dans un ordre totalement différents que avec le calcul du PIB. Ainsi, on s’aperçoit que richesse ne rime pas forcément avec bonheur.
  • Empreinte écologique : l s’agit d’un calcul qui permet de rendre compte de l’impact de l’activité humaine sur l’écosystème. Plus l’empreinte est large, plus on s’éloigne d’un idéal de développement durable. Plus précisément, elle évalue la surface productive nécessaire à une population pour répondre à sa consommation de ressources et à ses besoins d’absorption de déchets. Le calcul le plus répandu a été proposé par Mathis Wackernagel et William Rees. Il prend en compte : le sol consommé par l’environnement construit, la surface nécessaire pour calculer la biomasse équivalente à l’énergie consommée et pour un calcul plus fin de l’absorption de CO2, les écosystèmes (terrestres et aquatiques) utilisés pour produire l’alimentation et le sol consommé pour la production des produits forestiers .
  • Epargne nette ajustée ou « épargne véritable » : Elle a été mis en place par la Banque mondiale. L’épargne véritable exprime les variations du capital économique d’un pays. Elle prend aussi en compte le capital humain et naturel à la fin d’un cycle de production. Cet indicateur procède à quatre types d’ajustements: il déduit la consommation de capital fixe, ajoute des investissements en capital humain c’est à dire les dépenses liées à l’éducation, il soustrait la baisse des stocks de ressources naturelles consommées (énergie, minerais, forêts) et les dommages causés par la pollution.
  • BIP 40 : Créé en 2002, il veut mettre en avant la pauvreté et les inégalités au sein de la société. Le BIP 40 est composé de divers indices : éducation, revenus, emplois, santé, logement et justice. On donne ensuite une certain poids à chacun de ces indices pour rendre compte d’un réalité des inégalités. Plus le BIP 40 est élevé plus les inégalités sont importantes. BIP 40 est une contraction entre PIB et CAC 40.

Tableau des autres indicateurs économiques, sociaux et environnementaux.

Conclusion :

En conclusion, on peut dire que aucun des indicateurs dont nous avons parlés ne donnent un réel aperçu du sous-développement subi par certains peuples. Cependant, ces indicateurs sont complémentaires et peuvent faire prendre conscience aux gouvernements des efforts à fournir pour arriver à un développement équitable pour tous.

Sources :

Questions :

  • Qu’est-ce que la monoculture d’exportation ?

C’est le fait de cultiver une seule plante dans un pays, une région ou une exploitation, et de l’exporter à l’étranger. Ce type de culture représente un certain risque pour les agriculteurs qui doivent tout miser sur une seule production : risque social, environnemental et économique.

  • Comment les critères entre en compte dans le sous développement ?

Tout d’abord, on évalue un pays sous-développé en fonction du nombre d’agriculteurs. Si la population rurale est forte, le pays a plus de chances d’être sous-développé. Une industrialisation limitée est le second critère du sous-développement. Une faible structure bancaire, témoigne d’un retard pour les pays. Le chômage, le sous-emploi et la précarité sont des facteurs de pauvreté. Un faible degré d’analphabétisation et de scolarité est une caractéristique du sous-développement. Une croissance démographique trop forte illustre le retard des pays. Enfin, une situation de dépendance vis-à-vis des pays riches est la dernière caractéristique d’un sous-développement.

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